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POLICE FORCE OUVRIERE

POLICE FORCE OUVRIERE

«Aborder l’affaire du point de vue policier» 
Lech Kowalski a réalisé Syndicat force ouvrière, au sein du collectif «Outrage & Rebellion».

La démarche d’un film collectif était évidente ?
D’un point de vue théorique, l’idée de ce film collectif me plaisait bien. Mais en même temps, j’étais nerveux, parce que je ne voulais pas reproduire un esprit de corps, en l’occurrence d’un groupe d’extrême gauche (left wing gang mentality), qui consisterait à systématiquement attaquer la police. De mon point de vue, ce serait une perte de temps de faire ce genre de choses. Mon idée de départ était donc de dépasser cela, et de creuser, pour comprendre ce qu’il s’est passé.

Quelle a été votre démarche ?
La situation de départ est très précise : à Montreuil, un jeune homme perd son œil à cause du tir d’un policier. Mais elle s’intègre dans une situation plus générale en France ces temps-ci, et c’est cette situation qui m’intéresse.
Par ailleurs, la police m’intéresse. J’ai une double culture, américaine et polonaise. J’étais très conscient de la réalité polonaise sous l’occupation soviétique. La Pologne était un Etat policier. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont devenus de facto un Etat policier, même s’ils n’y ressemblent pas à première vue. La France est à présent confrontée à cette aberration.
Je suis toujours surpris par la façon dont travaillent les flics ici. Toujours en groupe. Aux Etats-Unis, c’est toujours par deux. Ici, c’est au moins quatre, parfois six. Je me dis que cela prouve qu’il existe moins de respect pour les flics ici qu’aux Etats-Unis. Donc il faut essayer de faire peur aux gens. Ce sont de simples observations…
Et puis il y a les banlieues autour de Paris. Si je devais les comparer à quelque chose, ce serait avec l’Afrique du Sud il y a quinze ans, du temps de l’Apartheid… Des gens des banlieues ont l’illusion d’une certaine liberté, mais ils n’ont en fait aucune possibilité de participer à la société française, de la façon à laquelle vous pouvez le faire, vous, en tant que blanc et parisien. C’est à la fois très loin, et très près de ce qu’il s’est passé à Montreuil.

Pourquoi avoir choisi de donner la parole à ces deux policiers-là ?
Au fil de l’année 2009, avec notre projet Camera War, nous avons diffusé sur internet des situations filmées partout dans le monde, qui nous semblaient intéressantes. Par hasard, je me suis retrouvé à filmer l’une des plus grandes manifestations que j’ai jamais vues en France, le 19 mars 2009 à Paris (contre la politique du gouvernement de François Fillon face à la crise, ndlr). Nous avons filmé des policiers en train de manifester contre la politique de Sarkozy, et c’est devenu un chapitre de Camera War. C’est comme cela que j’ai rencontré Gilles, le délégué syndical qui apparaît dans le film.
Je voulais aborder l’affaire du point de vue policier. Mais ce n’était pas pour autant une démarche simple. J’ai donc décidé de ne m’intéresser qu’aux flics de gauche. C’est quoi, un flic de gauche ? Nous avons donc rendu visite à Gilles sur son lieu de travail, au commissariat. J’ai été soufflé par ce qu’il nous racontait : sa description de la situation, la montée en puissance des polices privées, etc. Il a développé une critique constructive du système, et je suis sorti de cet entretien plus optimiste que je ne m’y étais rendu. Il nous a proposé de rencontrer un policier des Unités territoriales de quartier (Utec), un policier noir, qui a décidé, ce qui est très rare, de travailler de son propre gré en banlieue.

A quoi sert le montage en parallèle des deux entretiens ?
Il y avait Gilles, d’un côté, un flic de gauche, blanc, autorisé à montrer son visage, critique sur le système. Et ce policier noir, d’origine africaine, qui témoigne anonymement, sans visage, flic de gauche opérant en banlieue. Quand j’ai eu ces deux personnes, je me suis dit que c’était bon, que l’on pouvait en faire un film. Cela ne dure que douze minutes, mais il me semble que cela met le doigt sur quelques éléments d’une situation générale, sur les dysfonctionnements liés aux privatisations, sur les dégâts du capitalisme… Leurs discours servent d’exemples, modestes, pour comprendre ce qu’il se passe dans la société.

Votre point de vue sur la police française a donc changé en faisant ce film ?
J’ai participé à beaucoup de manifestations. Cela commence aux Etats-Unis, avec la guerre du Vietnam. J’ai vu beaucoup d’échauffourées. Et je n’ai jamais pu comprendre comment des policiers peuvent faire montre de tellement de brutalité. Je n’ai toujours pas compris. En parlant avec ces deux flics, même de gauche, ils disent aussi qu’ils ont un métier à faire. C’est cette fameuse gang mentality que je déteste. A la fin du film, vous voyez le nom du syndicat policier auquel il appartient. C’est une façon de dire : qu’il soit de gauche ou de droit, le policier appartient à un corps, et partage cet esprit de corps.

La mise en scène très formelle surprend ceux qui connaissent vos films…
Je voulais qu’il y ait ce côté interrogatoire à l’écran. D’où le fait que le micro et la caméra soient visibles. Pour que les spectateurs soient conscients de ce qu’ils voient. Ce qui donne un côté un peu artificiel à l’ensemble. C’est la première fois, par ailleurs, que je filme quelqu’un dont on ne peut pas voir le visage, et dont je suis obligé de transformer la voix. J’ai donc cherché à contrebalancer cela, en rendant visibles aux yeux du public, les techniques du cinéma. Par ailleurs, je ne sais pas si vous avez déjà subi un interrogatoire, mais je voulais rendre ce sentiment si particulier. J’ai cherché à retrouver cet aspect très formel des choses, que l’on sent lors des interrogatoires.
Il se trouve par ailleurs que le policier noir est de confession musulmane. Et je voulais un symbole de sa religion. Quand je me suis rendu en Afghanistan, j’ai rencontré le président Hamid Karzai. Et comme cadeau, il m’avait offert cette étoffe verte. Je l’ai donc posée pour évoquer sa foi.

Est-ce qu’il est plus fréquent de tourner des films collectifs dans le milieu du cinéma alternatif américain ?
J’ai beaucoup de respect pour le cinéma français, mais je crois que c’est devenu un cinéma très bourgeois. Un cinéma de gens qui gagnent de l’argent. Qui ont peur d’expérimenter. Mais ceci dit, encore maintenant, l’esprit collectif est plus fort en France. Aux Etats-Unis, il n’existe plus d’espace pour utiliser ton imagination. Il n’y a pas de place pour montrer ce genre de film collectif. C’est un pays immense, avec très peu de centres culturels sur son territoire, où l’on peut voir ce genre de cinéma. Il ne faut pas oublier que depuis l’arrivée de Nixon au pouvoir, l’entièreté du système d’éducation de base a été déconstruit. C’est lié aux effets du capitalisme et au pouvoir de la télévision.
Mais il se passe tout de même des choses. Par internet par exemple. Regardez le Huffington Post, avec ce mélange d’écrits, de films, d’extraits télé, etc. Pour moi, ce film collectif que nous avons réalisé parle aussi de cela, de cette déconstruction, de cet éclatement des formes. L’idée de faire des chapitres, pour ce film collectif comme pour Camera War, m’intéresse. On est sur internet. Et pour retenir l’attention pendant deux heures, il faut que le film soit sacrément bon.

Propos recueillis par Ludovic Lamant.

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